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500 millions de putes, et moi et moi et moi...


Facebook a considérablement augmenté notre nombre de liens faibles, modifiant en profondeur nos structures sociales. Pour Loïc H Rechi, la norme sera de se constituer un « super-réseau » dans un but intéressé. Une tribune très libre.

Facebook – et les réseaux sociaux par élargissement – ont largement prouvé au cours de la dernière décennie qu’ils avaient une prise sans cesse croissante sur nos existences. Au-delà des traditionnels relous ressurgis du passé qui se révèlent être parfois de putains de casse-couilles, les implications massives sur le réel peuvent être surprenantes. Les Anglais – jamais les derniers en matière d’évolutions sociales foireuses – ont ainsi pu constater un étonnant retour des cas de syphilis directement imputables à des actes de fornication post-drague facebookienne ou s’insurger contre le mec qui vendait de l’alcool à domicile à des mineurs via un truc aussi con que sa page de profil.

Mais à une échelle plus globale, Facebook s’est surtout révélé être un fantastique facteur de foutage de merde dans les mariages. C’est l’histoire d’une femme qui retrouve son premier amant de jeunesse, se prend à croire qu’elle a de nouveau seize ans et finit irrémédiablement par foutre en l’air son couple, sous prétexte d’avoir retrouvé des sensations de séduction et de baise vestiges de l’époque où ses seins ne tombaient pas encore jusqu’au nombril. Pourtant, au-delà de tout le pognon inespéré pour les avocats spécialisés en droit de la famille, les réseaux sociaux pourraient surtout préfigurer une refonte d’une partie de nos normes sociales à une vitesse telle que vous ne vous étiez même pas rendu compte qu’on est déjà en plein dedans.

Les anti et les pro

C’est une évidence Facebook divise. D’un côté, on trouve les gens heureux. Ceux-là prennent un pied infini en passant quotidiennement des heures à stalker les profils de leurs amis, à jouer à des jeux débiles, à partager des vidéos insipides et à pourrir le mur de leurs amis virtuels avec des cadeaux virtuels minables – « Gisèle t’a offert la rose de l’amour » – et des quizz effarants de connerie – « Kevin est une suceuse de bite. Et toi quelle salope es-tu ? ». Et puis de l’autre côté, on a les grincheux. Souvent eux-mêmes inscrits sur la plateforme américaine, ils s’insurgent régulièrement contre les saillies de Mark Zuckerberg, son patron, qui nous explique tous les trois mois que la privacité est un concept obsolète, et que la tendance est désormais à la transparence. De manière récurrente, des groupes dissidents, des énamourés de la vie privée, se soulèvent et tapent sur trois casseroles pour faire un peu de bruit et nous notifier qu’ils s’apprêtent à quitter Facebook.

En guise de réponse, les autres utilisateurs les observent gesticuler, considèrent la possibilité de quitter le réseau une demi-seconde puis leur adressent souvent un regard plein de compassion feinte, un de ces regard qui en disent long sur l’emprise que les réseaux sociaux ont tissé sur leurs vies. Facebook est devenu une métaphore numérique du syndrome de Stockholm. Le site matérialise une prison sans barreau, Mark Zuckerberg un geôlier et les utilisateurs des prisonniers de plein gré.

Comme le rappelait un récent article du New Scientist, cette addiction – puisqu’il s’agit bien de cela – trouve une vraie forme de justification dans la théorie de « la force des liens faibles » (The strenght of weak ties) développée en 1973 par le sociologue américain Mark Granovetter. Pour Granovetter, les liens faibles sont en fait tous ces individus qui nous permettent d’atteindre des sphère d’influence auxquelles on n’aurait pas accès par le biais de nos liens forts, à savoir famille ou amis proches par exemple. En 1973, Granovetter soulignait déjà qu’un nombre important d’individus trouvaient leur boulot grâce à des informations communiquées justement par ces liens faibles. Le sociologue américain émettait l’hypothèse qu’un tel phénomène était probablement dû au fait que si ces amis d’amis n’étaient pas exactement comme vous – pour des raisons sociales, professionnelles ou sphériques – ils étaient toutefois sans doute suffisamment proches en matières d’intérêts personnels ou d’entourage social pour avoir une influence positive sur votre existence.

Centralisation des contacts en un sanctuaire numérique

Mais revenons-en à notre époque. Intrinsèquement, les choses ont sans doute assez peu changé, et on vit globalement dans une société où chacun est suffisamment malin pour vouloir ce qu’il considère être un bon job et suffisamment crevard pour tout mettre en œuvre pour l’obtenir. Mais là où la situation a évolué, c’est que le nombre de liens faibles dont chacun dispose a considérablement augmenté, grâce aux réseaux sociaux et Facebook en particulier. L’émergence de tels outils de concentration de nos contacts nous a concrètement permis de centraliser la grande majorité de nos contacts en un sanctuaire numérique. En résumé, on s’est tous créé un putain de réseau. Dès lors, l’importance et le rôle primordial des liens faibles dans notre fonctionnement en tant qu’individu moderne sont plus forts que jamais.

De par le fonctionnement des réseaux sociaux, les barrières pour demander un conseil ou un service sont plus faibles que jamais. Autre donnée intéressante, la multiplication des statuts permet également d’accéder à une information à laquelle l’individu ne serait pas forcément parvenu dans sa sphère de référence. Pour peu qu’on ait les dents qui rayent le plancher, l’intérêt d’ajouter les potes de ses potes rencontrés à l’occasion prend tout son sens. Même chose avec les meufs qu’on baise un soir d’ivresse. Au-delà de la possibilité de tirer un coup de nouveau, son implication dans son métier de chef de pub à Paris sera peut-être la clé qui permettra un jour d’en finir avec cet emploi d’éleveur de tortues dans le Finistère. S’il existe encore une relative nécessité d’entretenir des contacts physiques, l’impact du numérique atteint donc des proportions jusque-là difficilement envisageables.

Ma génération est encore entre deux eaux, mais la suivante ?

À en croire, Judith Donath, une chercheuse du Centre Berkman pour l’Internet et la Société de l’Université d’Harvard, l’explosion du nombre de liens faibles dans notre entourage pourrait entraîner de profondes conséquences sur nos structures sociales. Selon elle, la taille des groupes sociaux traditionnels était logiquement limitée par le manque de temps pour créer et entretenir une communauté fiable et de confiance. Jusque-là rien de nouveau, c’est peu ou prou ce que le sociologue britannique Robin Dunbar avait évalué au début des années 1990 lorsqu’il avait émis la règle du nombre de Dunbar, selon laquelle il est quasiment impossible pour un individu de maintenir des relations sociales stables avec un nombre d’individus supérieurs à environ 150. Pourtant, pour Judith Donath, les réseaux sociaux ont précisément changé ce dernier point et nous permettent de nous construire un supernet (super-réseau) aux contacts très facilement accessibles et surtout plus gros qu’on aurait jamais pu l’imaginer. Plus rien d’étonnant dès lors à voir des clampins avec 500 ou 1000 potes sur Facebook. Plus aucune barrière, non plus pour rentrer en contact avec un membre du réseau via un message à l’arrache.

Indéniablement, que les râleurs le veulent ou non, les normes sociales évoluent et petit à petit, les différents groupes sociaux fusionnent. Famille, amis, collègues de travail, potes de potes ou conquête d’un soir prennent subrepticement une place équivalente dans notre espace numérique vital. Si l’un clame son amour pour le porn allemand amateur sur sa page Facebook, sans mettre de barrière de privacité particulière, l’autre finira sans doute au détour d’une série de clics par le savoir. Si ma génération est encore entre deux eaux, parfois suffisamment méfiante pour protéger encore un tant soit peu sa vie privée, il n’est pas absolument pas dit qu’il en soit de même pour la suivante, d’autant plus si cette tête d’ampoule de Zuckerberg dit vrai.

Mais surtout, la volonté de se constituer un « super-réseau » qu’il sera bien utile de presser à l’heure de trouver un appart, un job ou une nouvelle bouche pour se faire sucer devraient en toute logique devenir la norme. Dès lors, les individus avec le plus de « potes » dans leur réseau devraient logiquement devenir les individus les plus attractifs, non plus pour des raisons liées à l’exemplarité de leur travail ou la sympathie qu’ils inspirent mais bien en raison de l’intérêt potentiel d’avoir à son tour de tels lascars dans son propre réseau. On basculera alors peut-être dans une société plus pathétique que jamais dans laquelle la notion d’amitié sera rationalisée. L’information circulera mieux que jamais et l’humanité baignera sans doute plus dans un bouillon de culture mais aussi de vanité permanent. Le fix d’héroïne n’aura pas disparu mais le réseau social, lui, sera sans doute devenu une drogue nécessaire à notre bien-être.

Source : OWNI
(article recopié dans son intégralité)

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Commentaires sur: "Pourquoi Facebook va transformer l’individu en pute sociale" (1)

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Marie-C. H.F, Gwénaëlle. Gwénaëlle said: Pourquoi FB va transformer l'individu en pute sociale http://bit.ly/903Frx (via @owni) […]

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